Présentation de la commune de Labrousse d'après l'annuaire de l'Amicale des enfants de Labrousse et de Vezels-Roussy des années 1951-1952

Situation géographique

Située au sud-ouest des Monts d'Auvergne et aux confins de la région, la commune de Labrousse fait partie de l'arrondissement d'Aurillac, canton sud

Limites

Elle est limitée : au nord , par les communes de Vézac et de Carlat , à l'est par celles de Carlat et de Cros , limite marquée par les ruisseaux de l'Embenne et de la Rasténe , au sud , par les communes de Vezels-Roussy et de Teissieres-les-Boulies . Le ruisseau de Maurs la sépare de Teissieres-les-Boulies, enfin, à l'ouest, par les communes de Prunet et d'Arpajon-sur-Cére

Elle mesure 6km.400 du nord au sud, et 6km. de l'est à L'ouest. Superficie : 1.935 ha

Relief du sol

La commune forme un plateau légèrement incliné du nord-ouest au sud-est, profondément entaillé par de nombreux ruisseaux. Ils laissent entre eux des collines aux sommets arrondis. Le long de la vallée de l'Embenne , une coulée de lave basaltique a formé les rochers du Dat ( 812 m. ), de Prat ( 800 m. ) et de Moissac ( 792 m. ), séparés par des vallées profondes. Ces rochers forment des tables horizontales et unies dominant la vallée par un pic de 30 à 40 mètres, suivi d'un éboulis boisé de 100 mètres de hauteur environ. Le point le plus élevé est à Marso ( 820 m. ), et le plus bas à 650 mètres.

Cours d'eau

La commune n'est arrosée que par des ruisseaux. Les plus importants sont : l'Embenne, qui prend sa source au plateau de Badaillac ; le ruisseau du Dat, qui vient de Lachaud, et le ruisseau de Maurs, qui naît à La Joyeuse. De nombreux autres ruisselets prennent leur source dans la commune. A noter que ces sources ont un faible débit et naissent toutes à un niveau inférieur aux villages. Tous ces ruisseaux coulent vers le sud-est et sont des affluents du Goul, donc de la Garonne.

Population

La commune comptait 479 habitants en 1945

Au recensement de 1946, la commune comptait 472 habitants ( 24 au km2 ). Ces 472 habitants se partageaient en : 160 hommes, 155 femmes, 82 jeunes gens de 10 à 20 ans et 75 enfants de 0 à 10 ans. La commune compte 135 maisons habitées par 131 ménages

Les habitants sont répartis d'une façon très dispersée dans le bourg et 26 villages qui comptent : Bourg de Labrousse : 84 habitants, Moissac : 69, Lescure : 49, Le Dat : 44, Julhac : 34, Drulhes : 24, Lavente : 24, Lasveissieres : 21, Lavergne : 20, Inserres : 16, Fonrouge : 16, Marso : 14, Prat : 9, Combret : 8, Garric : 6, Combemaury : 5, Escambous : 4, Fortet : 4, La Croix-Saint-Pierre : 4, Lafage : 3, La Chapelle : 3, Le Bourru : 2, l'Embora : 2, les hameaux de Laygues, Lestrade et Trompette sont inhabités ainsi que Lavaysse

 

Vacances à Labrousse

D'après l'Annuaire 1951-1952 de l'Amicale des enfants de Labrousse et de Vezels-Roussy

Lorsque le " Broussinayro " de Paris revient se retremper au contact de la terre natale, après avoir salué des hauteurs du Bourru, le bourg harmonieusement campé sur son plateau, il est tout d'abord accueilli, après la rapide descente de Fonrouge, avant même d'aborder la première maison de l'agglomération, par tous ceux qui reposent dans notre paisible cimetière et dont certains ne sont pas étrangers à l'attachement qu'il porte à ce coin de l'Auvergne. Et ce passage rapide devant ce lieu temporaire de leur repos, alors que nous sommes emportés par les voitures de nos amis Coussain ou Germilhac, ne nous éloigne pas de nos disparus et c'est avec eux que nous abordons notre petite commune, façonnée, construite par eux, ou chacun a laissé sa trace plus au moins grande, un souvenir toujours vivant.

Une courte montée, et nous voici arrêtés au cœur même du bourg, non sans avoir jeté un coup d'œil rapide mais plein de sympathie à notre Mairie-Ecole et sur le pittoresque chemin qui descend vers la Fontaine saint-martin. Nous reviendrons certainement, au cours de nos vacances, flâner autour de cette école et dans ce petit chemin, dur sans doute aux jambes fatiguées et aux bras porteurs de seaux pesants, mais accueillant au promeneur, qui y trouve avec plaisir et émotion les échos de son enfance … Vous souvenez-vous de ce joli sable jaune que nous allions gratter, dans les racines d'un vieil arbre, sous le jardin de l'instituteur, au risque de voir celui-ci s'écrouler sur nous ( l'arbre, bien entendu, pas l'instituteur ).

Et cette cour bien ombragée de notre école ou nous avons tant joué ou nous attendions avec impatience la sortie des mariés, avec l'espoir d'obtenir quelques dragées ! … Que de générations elle a accueilli et formé, d'abord avec M. et Mme Angelvy, qui se sont dévoués si longtemps à Labrousse qu'ils ont vu, sur les mêmes bancs, les enfants remplacer leurs parents ; puis avec M. et Mme Coussain, presque des " indigènes " puisqu'ils venaient de Vezels-Roussy , de cette famille Coussain à laquelle nous devons aussi un de nos courriers et plusieurs excellents amis ; M. et Mme Barret de 1936 à 1940 ; enfin actuellement avec M. et Mme Joie, qui ont bien voulu, en particulier, participer à la confection de ce modeste annuaire en nous communiquant une petite monographie de Labrousse, fort intéressante, établie sous la direction de M. Joie par ses grands élèves.

Que de souvenirs dans ces cours et dans ces deux classes, non seulement pour ceux qui ont passé toute leur enfance, mais également pour les fils ou filles des " Auvergnats de Paris "qui sont venus y chercher refuge pendant l'une ou l'autre de ces deux dernières guerres.

Mais l'heure n'est pas encore venue de ces promenades romantiques : nous sommes au contraire pris dans l'agitation qu'améne toujours le passage du courrier. En descendant, nous rencontrons les premiers visages amis venus nous accueillir ou accourus simplement pour prendre les marchandises commandées le matin. Si notre petit bourg possède, en effet, trois cafés-hotels, deux épiciers, un boucher, deux maréchaux-ferrant, il reste cependant tributaire de la ville d'Aurillac située à 15 kilomètres ou d'Arpajon à 11 kilomètres, pour de nombreux services : Boulanger, pharmacien, marchand de poissons et de primeurs, quincailliers etc, sans parler des services médicaux et de la gare.

Sans nous éloigner du " courrier " nous embrassons d'un coup d'œil l'ensemble de ce bourg coquet, dont la plupart des maisons s'alignent sur la grand route ( G.C.n° 6 disent les guides ) qui relie Arpajon-sur-Cére au mur-de-barrez. Voici d'abord la place légèrement surélevée, avec son monument aux morts simple mais digne, ombragée par un magnifique tilleul, contournée par le chemin qui conduit à l'église dont nous apercevons le clocher à jour et que nous approcherons tout à l'heure.

Flanquant la place, les deux hôtels les plus importants, l'hôtel du Centre Fesq-Blancot et l'hôtel Saint-Eloi Fraignac. Ce dernier, qui vient de fêter son centenaire, représente la maison typiquement auvergnate, avec son toit très important, aux pentes relativement douces, recouvertes de grosses tuiles grises " du pays ", garnies de deux étages de fenêtres mansardées, et son écurie s'enfonçant sous la maison.

Face à la place, la coquette maison et le jardin fleuri de M. Gastal, maire de la commune pendant prés de trente ans, avec laquelle voisine la maison de M. Lamouroux, puis celle de Mme Noel, épiciere toutes deux restaurées récemment et toutes deux également fleuries et, enfin, la petite maison de notre président, M. Deneboude, à l'entrée du chemin qui descend à la fontaine Saint-Martin

De l'autre côté de l'hôtel du Centre, une maison toute neuve construite par M. Fesc, qui malgré sa mise à la retraite est resté, jusqu'à sa mort, pour tous, " le facteur ", et dont la serviabilité et la bonne humeur, la bonté, avaient conquis tous les cœurs, aussi bien à Vezels-Roussy qu'à Labrousse. Ensuite, légèrement en retrait, la maison ou chante la scie mécanique de M. Andrieu, menuisier, puis le troisième hôtel du village ou Mme Deneboude tient, en même temps que le café, une épicerie, sans préjudice de la forge confiée à M. Servant.

Enfin après la petite maison occupée par Mme Rodriguez, l'une de nos couturières, et faisant corps avec elle, notre bureau de poste ou s'affaire M. Delestang, bureau qui dessert également nos amis de Vezels-Roussy, et dont nous pouvons à juste titre nous enorgueillir car il est plus ancien que celui de certaines localités voisines plus importantes

Nous avons laissé sur notre gauche la ferme occupée par M. Lajarrige, et le beau pavillon de Melle Fraignac, de style très régional, la maison Gamel, récemment reconstruite ou se trouvent une seconde forge et la seule boucherie de la région, et la maison de M. Prat, se détournant de la route pour s'orienter résolument vers le midi. Inutile d'aller plus avant, nous sortirions de l'agglomération. La très ancienne chapelle, notre-dame-de-pitié, veille comme une sentinelle à la sortie de notre bourg, à l'embranchement du chemin qui nous conduit vers Lescure et Julhac.

Si nous retournons vers l'entrée du village, nous reconnaissons la maison de M. Bru, un peu sur la hauteur, la ferme de M. Blancot, qui s'abrite, au contraire, en s'adossant au chemin qui conduit vers Drulhes, puis la maison de M. Bouillin, couvreur, récemment restaurée, habitation que notre " courrier " nous avait fait dépasser trop rapidement. Nous aurons terminé l'inventaire des solides et coquettes maisons qui forment la partie centrale de notre bourg. Et nous serons déjà en mesure d'apprécier les qualités d'ordre, de travail, le goût de la vie de famille, l'attachement au sol natal, que manifestent toutes ces demeures accueillantes, bâties ou restaurées avec soin, avec amour.

Pour terminer l'exploration du bourg, nous devrons nous éloigner un instant de la grande route pour retrouver notre petite église, un moment entrevue. Elle est, elle aussi, typiquement auvergnate, entretenue avec le même amour, notamment par les derniers curés que nous avons connus : M. l'Abbé Féres, M. l'Abbé Crozatier et, enfin, M. l'Abbé Trin. Ce dernier, comme notre Amicale, partage son dévouement entre les deux paroisses de Labrousse et de Vezels-Roussy et ses patientes recherches, sa grande complaisance nous ont été particulièrement précieuses pour la rédaction de notre annuaire. Notre petite église, dédiée à Saint Martin, en style roman auvergnat, avec son porche du 18ème siècle, ses beaux vitaux, se tient discrètement en retrait de la grande route et de l'agglomération, toute proche cependant pour accueillir et bénir les joies et les peines de nos foyers : naissances, mariages, deuils trouvent tous ici plus qu'un écho, mais leur orientation profonde …

Autour de cette église se groupent, outre le presbytère, quelques maisons : celle de M. Noel menuisier, de M. Lamouroux-Rigal et de M. Hebrard

Mais le bourg, si coquet et si accueillant soit-il, ne saurait épuiser l'intérêt de cette commune, d'une superficie de 1.935 hectares. Non seulement les beautés de la nature, mais la population elle-même se trouvent réparties dans de nombreux villages ou hameaux ; certains de ces villages présentant une importance presque comparable à celle du bourg. Alors que la commune comptait, au recensement de 1946, 472 habitants, le bourg ne rassemblait que 84 personnes. Il est d'ailleurs intéressant, et un peu pénible de constater la diminution constante de la population de notre commune qui en 50 ans ( de 1896 à 1946 ), s'est trouvée amputée de 109 habitants et qui, en un siècle ( de 1846 à 1946 ), passait de 838 à 472 habitants, soit une diminution de 366 habitants. Nous assistons là à ce phénomène d'attraction exercé par les villes, surtout par Paris, sur les habitants de nos campagnes, surtout lorsque celles-ci ont une terre assez pauvre. Ce mouvement compréhensible ne serait certainement pas sans danger s'il continuait à s'accentuer

Mais abandonnons, au moins temporairement, ces réflexions aux économistes, sociologues et urbanistes et revenons à notre objet qui est présentement d'explorer notre commune, en jouissant en paix de quelques journées de vacances, aussi agréables que bienfaisantes

De quelque côté que nous nous dirigions, nous devrons commencer par descendre de notre plateau, situé à prés de 800 mètres d'altitude. Nous n'aurons que l'embarras du choix, car la moindre promenade revêt les attraits d'une excursion, avec ses sentiers ombragés, ses bois et ses châtaigneraies, ses rochers escarpés et surtout ses délicieux ruisseaux : on en compte sept , dont les principaux sont les ruisseaux de Combret , de Maurs né de la Joyeuse , de Rimajou né vers le Garric, du Dat venu de Lachaud et l'Embenne qui prend sa source au plateau de Badailhac . Tous ces ruisseaux se jettent, par l'intermédiaire du ruisseau de Maurs et de la Rasténe, dans le Goul, qui marque à Ambazaygues, la limite entre le département du Cantal et celui de l'Aveyron, car Labrousse se trouve aux confins du Rouergue

Sans doute quelques Parisiens regrettent-ils parfois l'absence d'une rivière qui permettrait de se baigner. Mais nos ruisseaux contiennent d'autres trésors, que les " gaudos " eux-mêmes viennent chercher jusqu'à Trompette et Ambazaygues : les truites et les écrevisses. Et quelle poésie dans nos plus petits ruisselets, si clairs, si vivants que leur chanson berce et oriente notre marche, alors que nous en sommes encore éloignés de quelques centaines de mètres.

Nous dirigerons-nous d'abord vers Moissac, le plus important village avec ses 69 habitants et son école indépendante ? Cela aurait l'avantage de nous permettre, si nous suivons la grande route, de rencontrer quelques autres villages ou hameaux : la Chapelle 3 habitants, le Garric : habitants puis Lavente : 24 habitants. Là, abandonnant à notre gauche la route qui mène à Mur-de-Barrez ( Aveyron ) par Trompette et Ambazaygues, nous irons, par la route de droite vers Lafage : 3 habitants, Lavergne : 20 habitants, pour nous arrêter à Moissac, un fort coquet village, à 3 ou 4 kilomètres de vezels-roussy. Ne manquons pas de terminer notre promenade sur le magnifique rocher qui, sur deux kilomètres de long, domine la vallée de l'Embenne par un à pic de 30 à 40 mètres, suivi d'un éboulis boisé de 100 mètres de hauteur environ. La même coulée basaltique a formé les rochers du Dat et de Prat , ces trois rochers étant séparés par des vallées profondes et faisant face, par-dessus le ruisseau d'Embenne, aux rochers de Carlat et de Ronesque, qui ont la même origine

Quel vaste horizon nous embrassons du haut de cet imposant rocher, admirant les bois et les prairies dans lesquels se cache l'Embenne, contemplant la commune de Carlat, dominée par le rocher du même nom, le rocher de Ronesque, fiché de son église plus belle et plus originale de loin que de prés Puis dans le lointain le mur-de-barrez, dont les premières maisons s'alignent comme des jouets, enfin à gauche, les monts d'Auvergne, dont la silhouette se profile au dernier plan

Pour éviter la monotonie des routes, nous pourrons revenir à Labrousse à travers champs, en passant par Julhac et Lescure, deux charmants villages, séparés de Moissac par la vallée du Rimajou et comptant respectivement 34 et 49 habitants. De Lescure, nous nous dirigeons vers Labrousse par un petit chemin en bon état, rejoignant la G.C. 6, notre grand'route prés de la Chapelle de Notre-Dame-de-Pitié

Préférez-vous qu'abandonnant délibérément la grand'route nous allions vers le Dat ? Un chemin carrossable nous conduira d'abord jusqu'à Drulhes : 24 habitants . En Parisien incompétent, nous regretterons un instant de voir envahi par les jardins fort utiles, un " couder " ou nous aimerions venir nous promener pour admirer, sans grande fatigue ( nous sommes à 4 ou 500 mètres du bourg ) la magnifique chaîne des monts d'Auvergne : voici le Griou, tout pointu, le puy-Mary, le plomb du Cantal.

Dés l'entrée du village de Drulhes, quittant les routes tracées, nous sauterons un " darcadou " et, à travers prairies et châtaigneraies, nous descendrons jusqu'au ruisseau du Dat pour remonter ensuite la colline escarpée que couronnent le rocher et le village du Dat : 44 habitants, dont certains fabriquent un si délicieux fromage … ( vous souvenez-vous, Mme Manhés de nos visites intéressées ? ). Si vous êtes courageux vous pourrez encore descendre jusqu'à Escambou un hameau isolé sur les bords de l'Embenne, à moins que vous préfériez rentrer directement au bourg par Lasveissieres : 21 habitants ou vous trouverez un important moulin et une scierie tenus par M. Laroussinie. Près de Lestrade, nous rejoignons un moment une autre route, la G.C. 8, qui relie le pont de Coursavy à vic-sur-cère, pour l'abandonner assez vite au Bourru ou nous retrouvons notre compagne de chaque jour, la G.C. 6, qui nous ramène au bourg par la Croix-Saint-Pierre et Fonrouge comme au jour de notre arrivée

Une autre promenade nous entraînera vers le ruisseau de Combret, par le chemin de char qui longe la maison de Mme Deneboude, et après une rapide descente et une montée encore plus raide, nous conduira à Combret : 8 habitants, Inserres : 16 habitants, Fortet : 4 habitants. Nous rejoindrons alors, aux confins des communes de Prunet et d'Arpajon-sur-Cére, la route G.C. 8, qui nous ramènera vers Combemaury : 5 habitants et Marso : 14 habitants, point culminant de notre commune avec ses 820 mètres d'altitude, mais fort heureusement abrité et exposé au soleil du midi. Une petite promenade dans les bruyères et voici à nouveau, prés de Fonrouge, notre G.C. 6

Est-ce tout et avons-nous épuisé toutes les promenades pédestres et les beautés champêtres de notre petite commune ? Mais non, il s'en faut de beaucoup. Nous ne sommes pas encore allés au rocher de Prat, que nous trouverons à quelques centaines de mètres de Lavergne, comme un observatoire d'où nous admirons un de ces vastes panoramas dont notre région est prodigue. Il servait aussi de piédestal, naguère à un château dont, plus habile que moi, vous saurez peut-être trouver quelques vestiges. Et nous n'avons rien dit du rocher de Thiers, sur la route du mur-de-barrez, au-delà de Lafage, d'où l'on extrait la pierre grise utilisée pour nos routes, du hameau de Trompette, encore au-delà, sur cette même route, bien connu des pêcheurs, car il est tout proche de l'Embenne. Plus prés encore de cette rivière, sur ses bords même que nous avons négligé, le hameau de Laygues. Et surtout, il y a encore toutes ces promenades que nous inventons chaque jour, alors que nous cherchons les champignons, les noisettes ou les mûres : les bois de Drulhes, les bords du ruisseau de Maurs, ou nous retrouvons, si je ne m'abuse, la source minérale de Teissieres-les-Boulies, les hauteurs qui abritent Marso et tous ces petits sentiers qui n'ont pas de nom, mais qui sont pleins de poésie, de calme et du souvenir d'agréables promenades solitaires ou en compagnie de sympathiques amis

Bien sûr, tout cela ne parle guerre au visiteur hâtif, qui recherche les ponts de vues " classées " , les stations " cotées ", les casinos et les distractions bruyantes . Peut-être aussi, ( et là le reproche et un peu plus sérieux ), les moyens de communications sont-ils trop rares pour permettre d'explorer comme il conviendrait les beautés de la nature dépassant le rayon, forcément limité, de nos promenade à pieds . Sans doute, les richesses dont j'ai parlé paraîtront bien vaines à beaucoup

Nous sommes nombreux cependant à rester attachés à cette terre natale, qui offre un air particulièrement pur, les joies de la pêche et de la marche bienfaisante, la beauté de ses vastes horizons, la paix de ses pittoresques campagnes, l'accueil de sa population si pleine d'un calme et solide équilibre . Et cela n'est pas d'une qualité négligeable, puisque nous savons combien y ont été sensibles les amis, non originaires du " pays ", que nous avons pu y amener une fois ou l'autre

Mais nous n'avons pas pu, sans qu'il y ait aucun égoïsme de notre part, partager avec eux ce qui reste pour nous, les " Broussinayros " de Labrousse et de Paris, le plus important : cet attachement mystérieux et fidèle au sol natal, ce sentiment si complexe, fait de fierté, de reconnaissance, de souvenirs, d'affection …

N'essayons pas trop d'analyser, l'essentiel reste inexprimable, surtout pour les Auvergnats dont la fidélité n'a d'égale que la modestie

Claire Laveissieres